• Les banlieues qui brûlent et la terreur du monde par Dedefensa.org
    http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2140

    Par ailleurs, dans cette histoire on ne peut que constater l'affaiblissement de l'état français et de son incapacité à réagir efficacement.
    Une situation, en définitive, assez similaire à la situation américaine de l'après Katrina.


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  • Selon le démographe, l'ouragan Katrina a révélé l'affaiblissement du système américain.

    Ingénieur de recherche à l'Institut national d'études démographiques, historien, auteur d'Après l'empire, paru chez Gallimard en 2002, un essai où il prédisait la "décomposition" du système américain, Emmanuel Todd s'interroge, pour LeFigaro, sur les graves défaillances révélées par le cyclone.</strong />

    Propos recueillis par Marie-Laure Germon et Alexis Lacroix - 12 septembre 2005

    LE FIGARO. - Quel premier enseignement moral et politique pouvons-nous tirer de la catastrophe provoquée par Katrina ? La nécessité d'un changement "global" dans notre rapport à la nature ?</b />


    Emmanuel TODD. - Prenons garde à la surinterprétation. Ne perdons pas de vue qu'il s'agit d'un ouragan d'une ampleur extraordinaire qui aurait produit des dégâts monstrueux partout ailleurs. Un élément qui a beaucoup frappé les esprits, l'irruption de la population noire, ultramajoritaire dans ce sinistre, ne m'a pas vraiment surpris, personnellement, car j'ai beaucoup travaillé sur les mécanismes de ségrégation raciale aux Etats-Unis. Je sais depuis longtemps que la carte de la mortalité infantile aux Etats-Unis reproduit toujours fidèlement la carte de la densité des populations noires. J'ai, en revanche, été étonné que les spectateurs de cette catastrophe aient semblé découvrir que Condoleezza Rice ou Colin Powell étaient des icônes non représentatives de la condition noire américaine. Ce qui fait vraiment écho à ma représentation des Etats-Unis - je l'ai développée dans Après l'empire -, c'est bien le fait que les Etats-Unis aient été désemparés et inefficaces. Ce qui a été mis en péril, c'est le mythe de l'efficacité et du superdynamisme de l'économie américaine.


    Nous avons pu constater l'insuffisance, sur place, des moyens techniques, des ingénieurs et des forces militaires, pour faire face à la crise. Cela a levé le voile sur une économie américaine globalement perçue comme très dynamique, bénéficiant d'un taux peu élevé de chômage, créditée d'un fort taux de croissance du produit intérieur brut. Face aux Etats-Unis, l'Europe est censée faire piètre figure, frappée par un chômage endémique et grevée par une croissance anémique. Mais on ne veut pas voir que le dynamisme des USA est pour l'essentiel un dynamisme de consommation.


    La consommation des ménages américains est-elle artificiellement stimulée ?


    L'économie américaine est au coeur du système économique mondialisé, et les Etats-Unis agissent comme une pompe à finances remarquable, important du capital au rythme de 700 à 800 milliards de dollars par an. Ce dernier, une fois redistribué, finance la consommation de biens importés - secteur réellement dynamique celui-ci. Ce qui caractérise les Etats-Unis depuis des années, c'est une tendance au gonflement d'un déficit commercial monstrueux, s'évaluant à près de 700 milliards de dollars. La grande fragilité de ce système économique, c'est qu'il ne repose pas sur une réelle capacité industrielle interne.


    L'industrie américaine est fortement anémiée, et c'est bien le déclin industriel qui explique, surtout, l'incurie de la nation confrontée à une situation de crise ; pour gérer une catastrophe naturelle, on n'a pas besoin de techniques financières sophistiquées, d'options d'achat à telle ou telle date, de conseillers fiscaux ou d'avocats spécialisés dans l'extorsion de fonds à l'échelle planétaire, mais on a besoin de matériel, d'ingénieurs et de techniciens et d'un sentiment de solidarité collective. Une catastrophe naturelle sur le territoire national confronte un pays à sa nature profonde, à sa capacité de réaction technique et sociale. Or, si la population américaine s'entend fort bien à consommer - le taux d'épargne des ménages étant d'ailleurs quasiment nul - en terme de production matérielle, de prévention et de planification à long terme, elle s'avère catastrophique. Le cyclone a montré les limites d'une économie virtuelle identifiant le monde à un vaste jeu vidéo.


    Est-il juste de tisser un lien entre la financiarisation du système américain, ce "néolibéralisme" dénoncé par des commentateurs européens, et la catastrophe qui a frappé La Nouvelle-Orléans ?



    La gestion en aurait surtout été meilleure dans les Etats-Unis d'autrefois. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis assuraient la production de la moitié des biens de la planète. Aujourd'hui, les Etats-Unis se montrent désemparés, empêtrés dans un Irak dévasté qu'ils ne parviennent pas à reconstruire. Ils ont mis un temps considérable à blinder leurs véhicules, à protéger leurs troupes. Ils ont dû importer des munitions légères. Quelle différence avec les Etats-Unis de la Seconde Guerre mondiale qui ont simultanément écrasé l'armée japonaise avec leur flotte de porte-avions, organisé le débarquement de Normandie, rééquipé l'armée russe en matériel léger, contribué magistralement à la libération de l'Europe et maintenu en vie les populations européenne et allemande libérées d'Hitler. Ils ont su maîtriser le cyclone nazi avec une maestria dont ils se montrent bien incapables aujourd'hui dans une seule de leurs régions. L'explication est simple : le capitalisme américain de l'époque était un capitalisme industriel, fondé sur la production de biens. Bref un monde d'ingénieurs et de techniciens.


    N'est-il pas plus pertinent de reconnaître qu'il n'y a quasiment plus de catastrophes rigoureusement naturelles, en raison de la démesure des activités humaines ? Que c'est aussi l'american way of life qui doit se réformer ? En acceptant, par exemple, les contraintes du protocole de Kyoto ?



    Les sociétés et les insertions écologiques de l'Europe et des Etats-Unis diffèrent radicalement. L'Europe est partie d'une très ancienne économie paysanne, habituée à tirer difficilement du sol sa subsistance dans un climat relativement tempéré, épargné par les catastrophes naturelles. Les Etats-Unis ont été une société neuve qui a commencé à travailler sur un sol vierge et très fécond, mais au sein d'une nature plus menaçante. Leur climat continental, beaucoup plus violent, ne constituait pas un problème pour les Etats-Unis tant que ces derniers disposaient d'un réel avantage économique, c'est-à-dire tant qu'ils avaient les moyens techniques de maîtriser la nature. Actuellement, l'hypothèse d'une dramatisation de la nature par l'homme n'est même pas nécessaire. Le simple affaissement des capacités techniques d'une économie américaine qui a cessé d'être productive crée la menace d'une nature qui ne ferait que reprendre ses droits.

    Les Américains ont besoin de plus de chauffage l'hiver et de plus d'air climatisé en été. Si nous sommes un jour confrontés à une pénurie absolue et non plus relative, les Européens s'y adapteront mieux car leur système de transport est plus concentré et beaucoup plus économe. Les Etats-Unis ont été conçus, pour ce qui concerne la dépense énergétique et l'espace, d'une manière assez fantaisiste, peu réfléchie.


    Ne pointons pas l'aggravation des conditions naturelles, mais bien l'affaiblissement économique d'une société qui doit affronter une nature beaucoup plus violente ! Les Européens comme les Japonais ont fait la preuve de leur excellence en matière d'économie d'énergie lors des précédents chocs pétroliers. C'est normal : les sociétés européennes et asiatiques se sont développées en gérant la rareté et, finalement, quelques décennies d'abondance énergétique apparaîtront peut-être un jour comme une parenthèse dans leur histoire. Les Etats-Unis se sont construits dans l'abondance et ne savent pas gérer la rareté. Les voilà donc aujourd'hui confrontés à une inconnue. Les débuts de l'adaptation ne sont pas prometteurs : les Européens disposent de stocks d'essence, les Américains de stocks de pétrole brut – ils n'ont pas construit de raffinerie depuis 1971.


    Vous ne mettez donc plus seulement le système économique en cause ?



    Je ne porte pas de jugement moral. Je focalise mon analyse sur le pourrissement de l'ensemble du système. Après l'empire développait des thèses somme toute modérées que je suis aujourd'hui tenté de radicaliser. C'est sur la base de l'augmentation du taux de mortalité infantile dans les années 70-74 que j'avais prédit l'effondrement du système soviétique. Or, les derniers chiffres publiés sur ce thème aux Etats-Unis - ceux de 2002 - ont fait apparaître un début de remontée du taux de mortalité infantile, pour toutes les soi-disant "races" américaines. Qu'en déduire ? Tout d'abord, qu'il faut éviter de "sur-racialiser" l'interprétation de la catastrophe Katrina et de tout ramener au problème noir ; en particulier la désintégration de la société locale et le problème du pillage. Cela constituerait un tour de passe-passe idéologique. La mise à sac des supermarchés n'a fait que répéter au niveau le plus bas de la société le schème de la prédation qui est aujourd'hui au coeur du système social américain.


    Le schème de prédation ?


    Ce système social ne repose plus sur l'éthique du travail et le goût de l'épargne du calvinisme des pères fondateurs - mais au contraire sur un nouvel idéal (je n'ose pas parler d'éthique ou de morale) : la recherche du meilleur gain pour le moindre effort. L'argent vite gagné, par la spéculation et pourquoi pas par le vol. La bande de chômeurs noirs qui pille un supermarché et le groupe d'oligarques qui tente d'organiser le "casse" du siècle sur la réserve d'hydrocarbures de l'Irak ont un principe d'action en commun : la prédation. Les dysfonctionnements de La Nouvelle-Orléans renvoient à quelques éléments centraux de la culture américaine actuelle.



    Vous prétendez que la gestion de Katrina révèle une fragmentation territoriale préoccupante jointe à l'incurie de l'appareil militaire. Que faut-il craindre, dès lors, à l'avenir ?


    L'hypothèse du déclin développée dans Après l'empire évoque la possibilité d'un simple retour des Etats-Unis à la normale, certes assorti d'une diminution du niveau de vie de 15 à 20% mais garantissant à la population le maintien d'un niveau de consommation et de puissance "standard" dans le monde développé. Je ne faisais qu'attaquer le mythe de l'hyperpuissance. Aujourd'hui, je crains d'avoir été un peu optimiste. L'incapacité des Etats-Unis à réagir face à la concurrence industrielle, le lourd déficit sur les biens de technologie avancée, la remontée du taux de mortalité infantile, l'usure et l'incapacité pratique de l'appareil militaire, l'incurie persistante des élites m'invitent à envisager, à moyen terme, la possibilité d'une vraie crise à la soviétique aux Etats-Unis.

    Une telle crise serait-elle une conséquence de la politique de l'Administration Bush dont vous stigmatisez les aspects paternalistes et le darwinisme social ? Ou bien ses causes seraient-elles plus structurelles ?

    Le néoconservatisme américain n'est pas seul en cause. Ce qui me semble le plus frappant, c'est la manière dont cette Amérique incarnant le contraire absolu de l'Union soviétique est sur le point de produire la même catastrophe par un chemin opposé. Le communisme, dans sa folie, prétendait que la société était tout et que l'individu n'était rien, base idéologique qui causa sa propre ruine. Aujourd'hui, les Etats-Unis nous assurent avec une foi de charbonnier, aussi intense que celle de Staline, que l'individu est tout, que le marché suffit et que l'Etat est haïssable. L'intensité de la fixation idéo logique est tout à fait comparable au délire communiste. Cette posture individualiste et inégalitaire désorganise la capacité d'action américaine. Là est pour moi le vrai mystère : comment une société peut-elle à ce point renoncer au bon sens, au pragmatisme et entrer dans un tel processus d'autodestruction idéologique ? C'est une aporie historique à laquelle je n'ai pas de réponse et dont la problématique ne saurait se résumer à la politique de l'actuelle administration. C'est toute la société américaine qui semble lancée dans une politique du scorpion, système malade qui finit par s'injecter son propre venin. Une telle conduite n'est pas rationnelle, mais elle ne contredit pas pour autant la logique de l'histoire. Les générations d'après-guerre ont perdu l'habitude du tragique et du spectacle de systèmes s'autodétruisant. Mais la réalité empirique de l'histoire humaine, c'est qu'elle n'est pas raisonnable.


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  • Le Figaro - Propos recueillis par Luc de Barochez
    [27 avril 2005]

    Ghassan Salamé : «Un immense succès de la France»
    Ghassan Salamé, professeur de relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris, a été ministre de la Culture dans le gouvernement de l'ex-premier ministre libanais assassiné, Rafic Hariri, puis conseiller spécial du secrétaire général de l'ONU. Il répond aux questions du Figaro.

    LE FIGARO. - Le retrait militaire syrien étant achevé, le Liban devient-il véritablement indépendant ?

    Ghassan SALAMÉ. - Ce jour de victoire pour le Liban est aussi un jour d'examen. Un jour de victoire, car la gestion syrienne de sa tutelle sur le Liban n'a fait que se dégrader ces dernières années, jusqu'à devenir insupportable pour la plus grande partie des Libanais. Mais aussi un jour d'examen, car, après deux décennies de tutelle syrienne, les Libanais doivent montrer qu'ils sont capables de se gouverner, de s'entendre sur l'essentiel et de ne pas laisser à nouveau triompher les facteurs de division.

    Le retrait du Liban fragilise-t-il le régime syrien de Bachar el-Assad ?

    Oui et non. Sous l'influence, du côté syrien comme du côté libanais, d'éléments mafieux et intéressés, la relation bilatérale était devenue une menace pour la crédibilité, voire la stabilité, de la Syrie. Des personnages peu recommandables maîtrisaient cette relation et en tiraient des bénéfices multiples. Pourtant, le retrait menace, en un sens, la Syrie : elle ne peut plus prétendre au rôle régional qu'elle revendique depuis trente-cinq ans. Elle perd en influence comme en prestige. Mais je suis persuadé que c'est aussi une opportunité pour la Syrie. Si jamais sa direction avait le courage de couper les branches les plus contestables du régime et de réformer le pays, alors la perte évidente d'influence régionale pourrait devenir une chance. Mais, pour relever ce défi, il faut de véritables hommes d'Etat.

    Le retrait du Liban est-il conforme à ce qu'exigeait la communauté internationale, en particulier la France ?

    Les médias français ont été plutôt pingres dans l'intérêt qu'ils ont manifesté au volontarisme déployé au plus haut niveau par la France pour aider à rétablir la souveraineté libanaise. Dès le début de 2004, la France a été très active, auprès des acteurs libanais, auprès de puissances régionales comme l'Egypte ou l'Arabie saoudite, et enfin en direction des Etats-Unis, pour créer une dynamique qui mette fin à la dégradation constante de la souveraineté libanaise. Le résultat, aujourd'hui, est un immense succès de la diplomatie française. C'est d'autant plus vrai que Paris n'a pas eu à payer de contrepartie, sur le dossier irakien par exemple, dans sa relation avec Washington. Les Etats-Unis, d'abord très réticents, se sont laissé convaincre d'accompagner le mouvement. La France a obtenu que le dossier libanais soit traité en lui-même, séparément de la lutte antiterroriste ou du conflit israélo-arabe.

    Paris et Washington vont-ils maintenant diverger de nouveau, notamment sur l'attitude à adopter face au régime syrien ?

    Nous avons assisté à une rencontre conjoncturelle sur un dossier particulier, celui du Liban. Aujourd'hui, chacun reprend sa position initiale. Néanmoins, la coopération des derniers mois ne laisse indifférent ni à Paris ni à Washington. La France a pu montrer aux Etats-Unis qu'en dépit d'un désaccord persistant et fondamental sur l'architecture du système mondial des points de rencontre pouvaient être trouvés. La leçon de cette affaire dépasse de loin le Liban. Elle montre que la logique «avec nous ou contre nous» est par trop brutale pour le monde du XXIe siècle. Le Liban a permis de relativiser cet absolu que les Etats-Unis avaient à un moment essayé d'imposer dans la relation transatlantique.


    Ghassan Salamé vient de publier : Quand l'Amérique refait le monde, Fayard, 25 E.


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  • Plusieurs informations se recoupent pour dire que l'attaque contre L'Iran a été planifié par l'administration américaine pour la fin juin 2005.

    C'est un des messages que le président américain est venu dire aux européens (Allemagne, France et Royaume-Unis) : "vous avez trois mois pour obtenir un résultat par la négociation".

    http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=1384
    www.boston.com/news/world/europe/articles/2005/02/25/
    us_may_give_eu_till_june_to_coax_iran_on_nukes?mode=PF


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  • A l'occasion d'une visite dans un camp militaire américain au Kowait, le secrétaire d'état américain Donald Rumsfeld a violamment été pris à partie par les GI's.
    Ambiance étrange qui voit le ministre se faire engueuler par les soldats sous ses ordres. Ceci parce que les Humwees ne sont pas blindé. Ce qui cause 25% des pertes.
    http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=1295

    Par ailleurs, CBS News affirme que le pentagone comptabiliserait le chiffre incroyable de 5500 désertions depuis le début de l'offensive en Irak.
    Un chiffre à mettre en rapport avec les 4000 évaluations de désertion lors de la guerre du Vietnam.
    Il y a donc au bout de 21 mois de guerre plus de déserteurs en Irak qu'il n'y en eu dans la totalité de celle du VietNam.
    Alors que l'armée américaine actuelle, à la différence de l'époque du VietNam, est un armée de professionnel.
    http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=1296

    Par dedefensa.org


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